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accueil

3. Les dieux vivants de l'arène

5. Un spectacle récupéré par les politiques

 

4. Le triomphe du sport de masse

    

 

Les Romains vociférant sur les gradins sont les ancêtres de nos supporters actuels. Aficionados survoltés, répartis selon les équipes dans les travées, et présents aux entraînements: le Colisée ressemble à s'y méprendre à nos grands stades. 

    

   

 

 

L'origine religieuse des munera

    Les combats de gladiateurs ont été à l'origine organisés par différents peuples d'Italie du Sud lors de cérémonies funéraires. Au milieu du III siècle av. J.-C., ils pénètrent a Rome et le sénat les officialise en 105 av. J.-C. Peu à peu, ils perdent leur caractère sacré pour devenir des manifestations laïques au début de l'ère chrétienne. C'est alors que le régime impérial prend la haute main à Rome sur l'organisation des munera et réglemente très strictement l'accès à l'organisation de ces combats. A côté des combats entre hommes, apparaissent les venationes ou chasses, luttes d'hommes contre des animaux ou entre animaux. Jules César inaugure un nouveau type de combat, la naumachie ou bataille navale : sur un bassin artificiel, deux flottes reconstituent une bataille historique.

Ne pas confondre munera et ludi

    A la différence des jeux, ludi, annuels, constitués de représentations théâtrales et de courses de char dans le cirque et célébrés à date fixe lors des Grands Jeux romains, il n'y a pas de calendrier précis pour les munera qui restent, jusqu la fin de l'Empire, ce qu'ils étaient à l'origine un cadeau offert au peuple par l'empereur à Rome, par un magistrat municipal dans les villes de l'Empire à l'occasion d'un événement particulier. Leur fréquence est donc irrégulière Auguste a donné des munera à quinze reprises pendant son règne, Néron et Domitien, sept fois, mais Tibère et Caligula, seulement trois fois. Il faut dire que les combats de gladiateurs sont des spectacles fort lourds à organiser et qu'ils durent plusieurs jours. C'est ainsi que Trajan, pour fêter sa conquête de la Dacie, offre des munera d'une durée de 123 jours, dans lesquels on présente 10 000 gladiateurs. Le cérémonial des combats de gladiateurs comporte des phases bien distinctes. La veille, les hommes participent à un grand repas offert par l'organisateur des jeux. Le public peut venir assister à cette cena libera et juger ainsi de la forme physique des lutteurs. Le lendemain, avant le combat, ces derniers défilent dans l'arène au son des cors et des trompettes. Les magistrats, vêtus de pourpre, marchent devant les gladiateurs et, en fin de cortège, on peut voir la troupe pitoyable des condamnés à mort enchaînés.

 

 le festin des gladiateurs

Le jugement du public

    Des séances d'échauffement précèdent le combat. Plusieurs couples de gladiateurs s'affrontent simultanément sur l'arène. Les arbitres, reconnaissables à leur tunique blanche portant une large bande rouge ou bleue, surveillent la régularité des coups échangés. Lorsqu'un combattant est mis en infériorité, il lève la main pour s'en remettre au jugement du public. C'est le moment bien connu où la foule soit renverse le pouce pour demander la mort de l'homme, soit lève le pouce pour qu'il soit renvoyé vivant hors de l'arène. On a estimé que chaque gladiateur risquait une fois sur dix d'être égorgé. Pendant la journée, des pauses sont ménagées entre les combats. On fait entrer sur la piste clowns, équilibristes et animaux savants qui distraient le public en attendant la reprise du munus.

 

 le laniste (au centre) surveille la régularité de l'affrontement entre le rétiaire (à gauche) et le gaulois (à droite)

Marc-Aurèle institue des tarifs précis

    Le monde de la gladiature est un univers où de fortes sommes d'argent sont en jeu. Les lanistes, à la fois propriétaires et entraîneurs, achètent, louent ou vendent à très haut prix les hommes de valeur qui se sont dé illustrés sur le terrain. Une législation d'Auguste interdit à un magistrat de donner plus de deux munera par an et de produire plus de cent vingt gladiateurs en même temps. La spéculation s'en mêlant, on assiste à des surenchères effrénées. Pour juguler ce trafic, Marc-Aurèle fait publier un tableau établissant des tarifs précis à ne pas dépasser. L'entretien des nombreux auxiliaires de l'arène demande aussi de gros investissements, accessibles seulement aux grandes écoles impériales médecins et masseurs, musiciens, entraîneurs et maîtres d'armes, employés subalternes chargés de balayer l'arène ou de l'asperger d'eau pour faire retomber la poussière, croque-morts qui achèvent d'un coup de maillet les gladiateurs agonisants et tirent leurs cadavres hors de l'arène.

Les gladiateurs peuvent s'enrichir

    Les meilleurs des gladiateurs peuvent de leur côté amasser de véritables fortunes. Ils reçoivent des récompenses pour leurs victoires, des primes données par l'organisateur du munus. Pendant la durée des spectacles, les empereurs, pour s'attirer les faveurs du public, n'hésitent pas à distribuer aux combattants vainqueurs des pièces d'argenterie ou des cadeaux de valeur.

Des spectateurs placés selon leur classe sociale

    Sur les gradins, les spectateurs sont placés selon leur appartenance sociale. Dans la couronne du bas, resplendissent les toges blanches des sénateurs et des chevaliers, plus haut le petit peuple, en vêtement brun forme une couronne contrastée et, au sommet du monument, se presse la foule bigarrée des étrangers et des esclaves. La partie des gradins réservée aux femmes est égayée par les couleurs de leurs robes. L'empereur et les officiels assistent au spectacle du haut d'un podium avançant sur l'arène. Pour protéger les spectateurs du soleil ou des intempéries, de grands voiles colorés sont tendus au-dessus de l'édifice. Dans le Colisée, ce sont les marins de la flotte militaire de Misène qui ont la charge de mettre en place l'immense velum.

Le peuple est roi pendant les combats

    Il est certes abusif de considérer que la plèbe romaine n'a eu qu'un seul désir, selon le mot du satirique Juvénal, «du pain et des jeux». Cependant, il est vrai que, sous l'Empire, les munera comme les courses de chars dans le cirque, monopolisent l'attention de la multitude. C'est le peuple qui est roi pendant les combats. C'est lui qui décide de la vie et de la mort des gladiateurs. Face à lui, l'empereur doit savoir répondre à sa demande et, à travers les gladiateurs, c'est le prince qui est applaudi ou hué. La passion soulevée par les combats se traduit parfois par des rixes entre les spectateurs sur les gradins mêmes. En 59, une lutte sanglante oppose les supporters de Pompéi à ceux de la ville voisine de Nucéra. Une peinture murale de Pompéi restitue de façon fort vivante les affrontements tant à l'intérieur de l'amphithéâtre que dans ses environs immédiats.