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6. Les intellectuels font de la résistance |
Certains philosophes dénoncent les combats. Soit que le spectacle détourne le peuple de ses devoirs civiques, soit que le goût du sang jure avec la mission civilisatrice de Rome. |
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Enracinés dans une tradition séculaire, les jeux font partie de l'identité romaine au sens le plus large Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche. Au temps de l'Empire, les masses urbaines consacrent à ces divertissements, aimablement offerts par un notable soucieux de son image, voire par l'empereur, un temps au moins égal a nos week-ends, jours fériés et autres ponts. Les jeux: une "drogue" Il
faut pourtant avoir le cœur bien accroché pour s'y sentir à l'aise. Les courses de chars provoquent des carambolages meurtriers. Dans l'amphithéâtre, des gladiateurs bien formés s'étripent selon des règles
précises. On y voit aussi des condamnés qu'assaillent des fauves affolés par la soudaine lumière et les cris du public. Nombre de chrétiens périront de cette manière. A la pause déjeuner, on invite, au besoin à coups de fouet, ceux qui restent à se faire massacrer jusqu'au dernier. Mais la grande majorité prend là
un plaisir qu'on hésite à qualifier de très sain, les dames n'étant pas les dernières, à en croire Juvénal. « Même
des vestales! » Si solidement ancrées dans les mœurs sont ces pratiques que les meilleurs des empereurs échouent à en atténuer la sauvagerie. Autant dire que les opposants sont rares. On en trouve cependant, du Ier siècle avant J.-C. jusqu'au Vème siècle après. Païens, juifs, chrétiens, ils ont des motivations différentes mais qui souvent se recoupent. Un spectacle trop cher Il y a d'abord
ceux qui trouvent tout cela trop cher. De fait, si l'on songe au gâchis
d'animaux d'Afrique que fait par exemple l'empereur Probus
Un spectacle "qui vole bas" D'autres
jugent que tout cela vole bas. Selon Horace, on se distrairait mieux à regarder la tête des spectateurs. Entré
par hasard à l'entracte de midi, Sénèque ressort écœuré. «Bon pour des esclaves»,
dit Jean Chrysostome. Au reste, amateurs
et détracteurs se retrouvent pour porter sur les gladiateurs un regard ambivalent. Cicéron voit là un modèle de vaillance, et certaines femmes, dit Juvénal, ne sont pas indifférentes à cette virilité : telle matrone s'entiche d'un gladiateur au point d'écoper du Un spectacle avilissant Troisième critique, largement répandue les jeux
ont avili les fils de la Louve. Ils n'attendent plus, dit
Juvénal, que deux choses : toucher de quoi subsister sans rien faire, et aller aux jeux, panem et circenses. Fronton, le précepteur de Marc Aurèle, fera le même constat.
Le professeur païen Libanios et l'évêque Jean Chrysostome déplorent qu'à Antioche Un spectacle atroce On
dénonce aussi la cruauté des spectacles. Cicéron le fait de façon nuancée: «Bien des
gens tiennent les spectacles de gladiateurs pour cruels et inhumains.»
Et c'est sans doute vrai, du fait que ce destin est réservé
aux seuls condamnés, ce qui, selon lui, peut servir d'exemple. Sénèque est plus net:
«C'est de l'assassinat pur et simple. » Le chrétien
Tertullien parle de «l'atrocité de l'arène»: «Que l'on se complaise dans le supplice d'autrui» le révulse,
Les jeux ne sont pas "religieusement corrects" Dernier
grief: les jeux ne sont pas «religieusement corrects».
Ces festivités, même si elles se sont laïcisées
avec le temps, tirent en effet leur origine de tel ou tel culte
païen. Cela, plus le sang répandu, suffit à Mais
rien n'y fait: les jeux drainent toujours la même foule d'oisifs
que distraient la souffrance, les cris, la mort. Et cela ne prendra
fin qu'au Ve siècle, alors que déjà s'annonce
la fin de l'Empire d'Occident. |